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La question...
La question est : pourquoi déprimer ? La question est (plutôt) : pourquoi je déprime. Pourquoi je vacille au bord de l'abîme, en équilibre inconstant. Pourquoi cette paralysie coquette qui m'empêche de rire et d'exister. Pourquoi ce côté sombre, ce versant a pic. Evidemment, on ne peut être que lumière. Tout ou rien manichéen. Non, c'est sûr. Moi, mon côté sombre se situe du côté de mon père, cela est sûr. Il s'est bâti sur ce non sens, cette incongruité d'un homme tel que lui enfantant. Le terme d'éducation n'est pas un vocable parental. "Elève-toi toute seule et tu t'aideras". Je ne suis construite que sur des ruines de névrose. Plutôt que la mauvais éducation, sied la non-éducation. Absence d'affectif. Tout repose sur la réaction. Plus absente je suis, moins je risque. Je suis une plante sans tuteur au milieu de mauvaises herbes. Je ne suis pas une mauvaise graine, j'aurais mal tourné. Mais j'ai poussé dans un champ mal fréquenté, où l'engrais va aux voisins qui brûlent votre oxygène pour mieux respirer. Il faut apprendre à respirer discrètement et non apprendre à vivre. Ca, je l'ai su plus tard... La reconstruction est difficile. Je dois m'éduquer seule et défier ce que l'on m'a enseigné. Alors quand j'ai trop peur, je me fige. Je suis entre deux. Entre la peur de l'inconnu, et la peur des autres. Je voudrais l'inconnu, je me souviens trop bien des autres. J'ai peur oui. Je suis terrorisée par ma mémoire. Corporelle et mentale. Ce que je dois apprendre par moi-même est difficile. Je dois apprendre à choisir plutôt qu'être choisie. Je dois apprendre que je vaux ce que je pense et non ce que les autres pensent. Je dois apprendre à ne pas faire et dire ce que l'on attend de moi. Je dois apprendre à dire ce que je veux. Cela va à l'encontre totale de ma non-éducation, évidemment. Donc, si je fais un pas de travers, je me paralyse. Il y a un échappatoire : tenter. Et constater que rien ne se passe. Qu'on ne me hait point. Qu'on ne me frappera pas. Qu'on ne me criera pas dessus. Qu'il ne se passera... rien ! Rien de dramatique, rien de douloureux. la constatation par l'apprentissage. Je suis en friche. Mais je me soigne...
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